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Mise à jour : 18 novembre 2008

Article paru dans Midi Libre le 03/07/08

Á peine né, le fichier Edvige fait polémique

mardi 08/07/2008

Créé par décret, le logiciel Edvige permet de ficher les mineurs dès l’âge de treize ans.

La création du fichier Edvige (Exploitation documentaire et valorisation de l’information générale) a suscité hier de nombreuses réactions, dans le milieu politique mais aussi associatif et syndical. Le Syndicat de la magistrature (classé à gauche) a annoncé qu’il examinait « toute forme d’action juridique pour empêcher sa mise en œuvre. »

Ce fichier informatique, crée par un décret publié le 1er juillet au Journal officiel, permettra aux agents de la Direction centrale de la sécurité publique de collecter des informations sur les personnes « ayant exercé ou exerçant, un mandat politique, syndical ou économique » ainsi que celles qui ont un rôle « institutionnel, social ou religieux significatif. »

« En clair, tous les citoyens ayant un jour souhaité s’investir pour leur cité », s’insurge le Syndicat de la magistrature. Ce logiciel autorisera la collecte de « données à caractère personnel » de tout individu ou organisation « susceptibles de porter atteinte à l’ordre public. »

En plus des informations ayant trait à l’état civil de la personne, de ses coordonnées physiques, téléphoniques et électroniques, le décret donne la possibilité de cataloguer « les données fiscales et patrimoniales » des individus soupçonnés. Qu’ils aient des antécédents judiciaires ou non.

Évoquant « les mutations affectant la délinquance juvénile », le gouvernement justifie l’inclusion des mineurs âgés de plus de treize ans dans ce fichier, et ce en dépit de l’excuse de minorité. Jusqu’à présent, les mineurs pouvaient être fichés mais seulement en cas d’infractions.

Selon la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), ce catalogage nécessite « l’adoption de garanties renforcées. » Quant au principal syndicat d’éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse (SNPES-PJJ/FSU), il dénonce une « conception sécuritaire du gouvernement. »

De son côté, la Ligue des droits de l’homme accuse le logiciel d’incompatibilité avec l’État de droit, le qualifiant de « redoutable extension du fichage politico-policier des citoyens. »

La gauche a également exprimé son indignation, notamment la LCR, qui a estimé que le fichier n’était que l’un des éléments de « l’espionnage généralisé de la population. »


«  Contraire à la Convention des droits de l’enfant  »

« Un joli nom pour une mesure plus que préoccupante », lâche spontanément l’avocate montpelliéraine Dorothée Le Fraper du Hellen. Mais l’heure n’est pas à la plaisanterie. La spécialiste en droit européen des droits de l’homme est inquiète. Le texte du décret est ambigu lorsqu’il désigne ceux qui pourront être fichés sur Edvige : « les personnes susceptibles de porter atteinte à l’ordre public. »

Les notions de susceptibilité et d’ordre public sont floues. L’avocate annonce un danger potentiel d’atteinte à la vie privée de façon générale, mais elle s’inquiète principalement du sort fait aux mineurs de plus de treize ans.

Sans doute parce qu’elle préside l’association L’avocat et l’enfant, elle est en mesure de constater la mise en place d’une « logique de sanction et de répression qui tend à vouloir considérer les mineurs comme des majeurs. » L’application des peines planchers aux mineurs de plus de seize ans, et maintenant la possibilité de collecter des informations sur les mineurs de plus de treize ans, pousse la magistrate à avouer : « On ressent une volonté de baisser la majorité pénale. »

Me Le Fraper du Hellen s’interroge sur l’utilisation qui sera faite du fichier informatique. D’après l’avocate, Edvige est en contradiction avec la Convention internationale des droits de l’enfant qui estime que le degré de maturité du mineur diffère de celui de l’adulte, et lui donne droit à une législation spécifique.

D’un point de vue national, le fait que des mineurs de plus de treize ans soient concernés va à l’encontre de l’esprit de l’ordonnance de 1945 qui fait primer l’éducatif sur le répressif, le pédagogique sur le punitif. Si la mesure alarme aussi au sein de la magistrature, elle ne passera pas non plus inaperçue aux yeux des philosophes sensibilisés à cette problématique depuis le Surveiller et punir de Michel Foucault.

  • Á peine né, le fichier Edvige fait polémique

    10 juillet 19:49, par LAKATOS Jozsef

    Répondre à ce message

    Ce décret est loin d’être une surprise. On ne peut constater qu’une politique sous-jacente et préparative future sous l’impulsion de la Grande Bretagne, ou on peut lire régulièrement les circulaires distribuées aux institutrices maternelles auxquelles on leur demande de signaler tout enfant "difficile" aux autorités, ce qui nous a valu d’ailleurs des prélèvements ADN sur des enfants de 4 ou 5 ans, la réponse officielle à cet état de fait est d’une simplicité ou le droit est une notion dont on se demande si elle existe lorsqu’elle n’arrange qu’une catégorie d’individus, la réponse d’une logique implacable, les études démontrent que dans cette catégorie d’enfants, nous retrouverons facilement des délinquants plus facilement à l’age adulte .... sic mais voyons pourquoi pas ? Je pourrais développer mais l’objet de cette réponse n’en est pas le but, on ne peut tirer qu’une première conclusion, que les professionnels du droit se soulèvent, contestent, et bien selon moi, ce décret restera d’application.
  • Á peine né, le fichier Edvige fait polémique

    10 juillet 16:27, par FLAG !

    Répondre à ce message

    FLAG ! l’association des policiers gay et lesbiens ne laissera pas passer EDVIGE comme elle l’a fait pour ARDOISE. FLAG ! s’inquiéte de voir ficher des personnes, suceptibles de porter atteinte à l’ordre public, dès l’âge de 13 ans, et uniquement sur des soupçons, FLAG ! s’interroge sur l’utilité de collecter certains renseignements (état de santé, vie sexuelle….) qui ne rendent pas ou pas plus une personne potentiellement dangereuse. FLAG ! denonce de nouveau la constitution de fichiers à caractére nominatif qui porte atteinte aux libertés fondamentales et incompatible avec un Etat de droit. FLAG !, unique association de policiers et gendarmes gays et lesbiens en France, espère enfin être entendue et pas seulement écoutée afin d’engager une réflexion, un partenariat et une collaboration réels avec Madame le Ministre de l’Intérieur sur ce dossier et bien d’autres qui préoccupent l’ensemble de ses adhérents et sympathisants. FLAG ! sollicite à nouveau une audience auprès de Madame Michèle ALLIOT MARIE, Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer et des Collectivités Territoriales. FLAG ! exige de l’Etat et du Ministère de l’Intérieur le retrait de ce logiciel.Le Conseil d’Administration.

    Voir en ligne : http://www.flagasso.com

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