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Mise à jour : 18 novembre 2008

Insolite

Ce clan du Néon qui éteint les lumières de la ville

Article paru dans Midi-Libre le 20 avril 2008

mardi 06/05/2008

Pas d’artifices. Quatre jeunes simplement vêtus, rassemblés place de la Comédie à Montpellier, à 21 h 30. Ils ne se cachent pas, au contraire. Même si certains vigiles ont été un peu agressifs.

Ils ont déjà croisé la Bac (brigade anticriminalité). Mais « ils ont vu le tract et ils nous ont laissé faire. Les flics ne savent pas comment réagir à ça. Il n’y a pas de législation », explique Aurélie. Sur les tracts, le clan du Néon explique sa démarche : « Nous effectuons l’extinction de toutes les enseignes publicitaires ou des vitrines qui n’ont pas une utilité nocturne indispensable. » Le groupe de Montpellier se prépare. Seule une partie de la bande est présente, ce soir-là. Période d’examens oblige. Ils sont tous étudiants à la fac de sciences. D’habitude, ils y vont à une dizaine mais, même à effectif réduit, la motivation anime les rangs.

On devine un cintre qui dépasse du sac d’Aurélie. On imagine comment elle va s’en servir. Marie accourt, manche à balai sous le bras. Aurélie commence à détendre son cintre. Pour Florian, c’est le baptême du feu et quelques doutes l’habitent : « Beaucoup de gens disent que cela ne sert à rien. Mais cela devrait être un réflexe. Je ne vois pas pourquoi les commerçants ne pourraient pas le faire. » Et d’ajouter : « Pour moi, c’est pas une action qui va régler le problème mais, au moins, cela fera réagir les passants. » Pour une autre, éteindre des néons la nuit, « il faut l’avouer, c’est avant tout pour se faire plaisir. Au début, c’est les grosses crises de joie, l’euphorie. Maintenant, c’est plus anodin ».

« On demande aux patrons des magasins d’éteindre les lumières »

Trêve de blabla. C’est parti. Marie s’élance avec ses camarades dans la rue de la Loge. Collage intensif de tracts sur les vitrines des magasins. Les grilles ne l’arrêtent pas, elle passe les mains à travers. Perplexe, Moussa, un agent d’entretien, s’approche d’elle, interrogateur. « On demande aux patrons des magasins d’éteindre les lumières », éclaircit Aurélie. Ni une ni deux, Moussa s’enthousiasme. « C’est une bonne idée. Ça fait trop de pub. Et on gaspille trop d’électricité. Ça sert à rien du tout. »

Bonne surprise, beaucoup de néons demeurent éteints. Ce qui n’était pas le cas lors de la dernière mission du clan, une semaine auparavant. Comme quoi l’action porte ses fruits. « On a trop géré », s’exclame Géry. Satisfaite, mais pas complètement, Aurélie peste : « Le pire, c’est les télés allumées toute la nuit derrière les vitrines. » Direction une enseigne de vêtements déjà repérée. « Là-bas, c’est toujours allumé. » Bingo ! Florian s’invente chimpanzé. Il escalade la façade de l’immeuble de façon impressionnante. Et hop, en deux temps trois mouvements, interrupteur atteint et lumière éteinte. On souhaiterait presque que d’avantage de néons restent allumés pour revoir encore et encore la scène. Passent par là, Laurence et Christophe, des vacanciers venus de Dijon. Tract en main, Christophe s’exclame : « Ah oui, j’avais déjà vu ça à la télé. C’est parfait ! Ils ont raison. C’est mieux pour profiter des autres lumières de la ville. »

Direction le Polygone. Il passe à la casserole toutes les semaines. À gauche de l’entrée, les interrupteurs trônent. Courte échelle et magie, toute la façade s’éteint. En cascade. Cris de hourra. C’est vrai que la scène fait plaisir, fait briller les yeux. « Continuez, c’est une excellente idée », lâche une bande de jeunes. D’autres s’interrogent : « Comment t’as fait ? Ah, c’est aussi simple ! C’est super ! » Ou encore : « Tu vois, y en a qui réfléchissent. C’est encourageant. » Le meilleur pour la fin : le Corum. Et mince, un vigile. « On va galérer. » Sans une once de timidité, les jeunes s’approchent. Gentiment, le vigile insiste : « S’il vous plaît, attendez que je sois parti. Sinon je vais devoir prendre une perche pour rallumer. » Georges Frêche serait passé, un soir, devant le Corum. Mécontent, il aurait ordonné de veiller à ce que le palais des congrès reste éclairé.

Clan du Néon : quésaco ? Un réseau de jeunes qui s’amusent à éteindre les lumières des enseignes de magasin. Des néons qui restent allumés toute la nuit. Né à Paris il y a quatre mois, le mouvement s’est étendu, depuis, dans une multitude de villes, grâce aux vidéos sur internet : http://clanduneon.over-blog.com.

Pourquoi Ils combattent la pollution visuelle, « l’agression publicitaire » et prônent l’économie d’énergie (coût d’un néon à l’année : 30 €).

Principe Ne rien abîmer. L’action du clan du Néon se veut non-violente. Tant que les jeunes n’endommagent rien, on ne peut rien leur reprocher. Éteindre des enseignes n’est pas interdit par la loi.

À Montpellier Le groupe de Montpellier a démarré ses missions il y a environ deux mois. Il sévit une fois par semaine, le mardi ou le mercredi soir, dans le centre-ville, de 21 h 30 à 23 h 30. Moyenne d’âge : 20 ans.

Les techniques Le clan du Néon ne manque pas d’astuces pour éteindre les enseignes de toutes sortes de devantures. Dans la rue Foch (à gauche), l’interrupteur de la pharmacie semble trop haut pour pouvoir l’atteindre. Pas de problème, Florian possède les outils nécessaires : un manche à balai et un cintre déplié, fixé à l’extrémité du manche, tendu dans toute sa longueur. Et suffisamment courbé au bout pour rabaisser les leviers permettant d’éteindre les luminaires. Parfois, il suffit juste de s’élancer un peu et d’appuyer sur l’interrupteur situé juste à côté de la vitrine. Comme ici, à droite, devant le Polygone. Quand les interrupteurs sont à l’extérieur de la vitrine… Un jeu d’enfant. Personne ne les remarque. Mais quand on sait qu’ils sont là, on ne voit plus que ça.

  • Ce clan du Néon qui éteint les lumières de la ville

    8 mai 02:10, par Dany (pas) Brillant

    Répondre à ce message

    A Lyon ils ont une législation pour le tract de flyers sauvages, c’est 100 euros. Ca permet de faire la part belle, dans une mairie socialiste, aux grandes enseignes publicitaires et à un certain type de culture (l’opéra, le théatre...) et d’en laisser bien sûr nombre d’autres au caniveau de leur bêtise.
  • Répondre à ce message

    Sympa ! Un ex du master avait fait circuler une vidéo d’un groupe similaire il y a plusieurs mois mais c’était du côté de Nantes... AB
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