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Mise à jour : 10 février 2012

J’ai regardé "les Infiltrés"...

Expérience télévisuelle d’une journaliste en herbe.

lundi 12/01/2009

Crédit photo : France 2

Cette nouvelle émission, proposée par France 2 et présentée par David Pujadas, a été contestée par la profession pour ses pratiques douteuses.

Quand on fait le choix de devenir journaliste, d’entrer dans un secteur professionnel en pleine crise existentielle, on se doit d’observer toute nouvelle initiative susceptible de faire évoluer la profession. C’est ainsi qu’on se retrouve un soir devant sa télévision à regarder la nouvelle émission proposée par France 2 et présentée par David Pujadas, Les Infiltrés. On part forcément avec des a priori puisque cette émission a été critiquée et dénoncée par une bonne partie du métier. Mais on regarde quand même, puisque pour se faire une opinion, il faut savoir de quoi on parle.

Ce soir, sujet croustillant et complexe, les sectes. Comme l’a décrit le site Internet d’information Rue89, le décor est digne d’une salle de contrôle de la NASA ou du FBI. Des écrans de télévisions tapissent les murs et les sols, balançant des images en pêle-mêle. On se croirait presque dans Matrix, quand Keanu Reeves pénètre au cœur des "Machines". Au lieu de Keanu Reeves, c’est David Pujadas qui fait son apparition et introduit l’émission. Il nous explique à quel point certains secteurs de la société restent secrets et fermés. Eh oui ! C’est terrible, la seule solution qu’ont les journalistes, c’est de se travestir et d’infiltrer ces milieux sous une fausse identité. Le site France 2.fr nous propose d’ailleurs une interview de Pujadas dans laquelle, pour défendre le concept de cette émission, il prend l’exemple de Günter Walraff, journaliste allemand qui se fit passer pour un travailleur immigré Turc. De cette expérience, sortit un livre devenu célèbre « Tête de Turc ».

Il est vrai que la question de l’infiltration du journaliste n’est pas nouvelle. Elle s’est souvent posée et ce n’est pas la première fois que des journalistes travestissent leur identité pour les besoins d’une enquête. Cependant, il est important de faire une distinction entre la presse écrite et la télévision. Il existe une belle différence entre réaliser un reportage en caméra cachée et réaliser un reportage écrit sans révéler sa véritable identité de journaliste.

Ce qui frappe le plus dans cette émission, c’est à quel point les personnes filmées à leur insu sont mal dissimulées. Ce soir, le sujet est donc les sectes « ces gourous qui nous manipulent ». La deuxième partie de l’enquête est consacrée aux faux psychologues et psychiatres qui sont « spécialisés » dans les « faux souvenirs induits ». Ces charlatans font croire à leurs pauvres patients qu’il s’est passé quelque chose d’horrible dans leur enfance, comme un viol par exemple. De cette façon, ils les manipulent et leur prennent des sommes folles à chaque séance.

La journaliste de France 2 se rend donc chez une psychologue, qui se révèle être un charlatan de la pire espèce. Pendant une fraction de seconde, on se demande même comment la journaliste se retient pour ne pas lui mettre son poing dans la figure (la déontologie, sans doute !). Toujours est-il que même si le visage de la psychologue n’est jamais filmé, la caméra filme très clairement la maison de cette personne. On peut voir son salon entier, son chien, ses vêtements jusqu’à la couleur de ses chaussettes. Respect de l’anonymat… mouais ! Non seulement cette personne n’est pas au courant qu’elle est filmée, mais en plus, n’importe qui qui l’aurait consultée ou qui vit dans le même village qu’elle, peut la reconnaître. Comme respect de la déontologie journalistique (protection des sources, même les plus immondes), on a vu mieux.

Dans le livre de Günter Walraff, il nous révèle la réalité d’un milieu, d’une catégorie de population. C’est une enquête écrite, avec une analyse sérieuse. Analyse qui n’aurait certainement pas pu être aussi complète si le journaliste n’avait pas intégré ce milieu. Ce qui importe, ce sont les faits, la réalité. Le but n’étant pas seulement de mettre à jour les « méchants ». Car n’oublions pas : le journaliste n’est pas un justicier (Charte de Munich de 1971) Rappelons que la première émission des Infiltrés, consacrée aux maisons de retraite n’avait pas non plus préservé efficacement l’anonymat des lieux et des personnes puisque la secrétaire d’État à la solidarité (Valérie Létard) avait pu identifier l’établissement. Tout au long du visionnage de cette émission, si mon cœur de journaliste s’insurge de l’incroyable violation de la déontologie, mon esprit critique de citoyen se met aussi en éveil. Certes les images sont parlantes, elles révèlent beaucoup de choses… Mais surtout du sensationnel. Des gens tout nus qui se tripotent pour les Raëliens, des psychiatres cinglés qui inventent des viols, et bien d’autres choses encore. Mais finalement, on n’a pas vraiment d’analyse poussée sur ce genre de phénomène. Même les interventions des invités n’apportent pas assez de fond à l’émission. Qu’est-ce qui pousse des gens sains d’esprits à croire à de telles fadaises, pourquoi n’y a t-il pas plus d’enquêtes de police, que fait réellement le gouvernement pour lutter contre les sectes ? Le spectateur reste sur sa faim.

Pour finir, voici un passage de la « Charte des devoirs professionnels des journalistes » établie en 1918 par le Syndicat National des Journalistes, révisée en 1938, et toujours d’actualité : « Un journaliste digne de ce nom (…) s’interdit d’invoquer un titre ou une qualité imaginaires, d’user de moyens déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de quiconque » Quelque chose nous dit que cette charte n’est pas affichée sur les murs de France 2…

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7 réactions

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  • J’ai regardé "les Infiltrés"...

    20 janvier 2009 22:42, par Emilie 06

    Répondre à ce message

    J’ai regardé cette émission non pas pour m’en délecter mais pour voir, une fois de plus en période de vide médiatique, comment on allait tourner la désinformation au sujet du Mouvement Raëlien. Je n’ai pas été déçue si je puis dire ! Les deux journalistes de l’Agence Capa n’ont pas dû digérer le fait qu’on les ait refoulés au stage d’été des Raëliens. Ils auraient très bien pu entrer ouvertement, il y avait déjà deux équipes de reporters. Ceux qui viennent ouvertement ne font pas mieux de toute manière, surtout les français, puisque le consensus est de nous descendre en flammes, mais nous les acceptons car nous n’avons rien à cacher et nous ne faisons rien de mal, même si nous apprécions le naturisme ! ceux qui sont choqués par le naturisme ignorent de quoi il s’agit et je les plains. L’ignorance et le jugement sont des plaies qui détruisent l’humanité alors que la compréhension et le respect la sauveraient. Paix aux êtres de bonne volonté.

  • J’ai regardé "les Infiltrés"...

    19 janvier 2009 17:36, par n.

    Répondre à ce message

    Bonjour,

    Vous écrivez : "La journaliste de France 2 se rend donc chez une psychologue, qui se révèle être un charlatan de la pire espèce".

    Sur ce cas particulier : Le truc c’est que ce "charlatan de la pire espèce" est une psychothérapeute connue et reconnue qui fait de nombreuses conférences, a écrit des livres qu’on trouve partout (5, dont un paru en 2005) et dont on peut boire les paroles sur tous les sites qui s’intéressent à la psychologie, ou presque. Étant donné les propos qu’elle tient, le fait qu’on la reconnaisse me laisse bien froid.

    Sur le principe : Je suis d’accord avec vous pour dire que l’anonymat est bien mal préservé dans cette émission. Et j’en profite pour ajouter une pierre à votre article : l’anonymat n’est pas mis en danger que par les images (floutons dans la joie) ou par la voix (distordons dans la joie), mais aussi par les propos et concepts véhiculés. Exemple : dans cette même émission, une thérapeute, dont l’identité est bien entendu cachée, par des "enfants actuels" et le commentaire dit que c’est une formulation qui lui est propre. Résultat : on tape "enfants actuels" dans Google et, hop ! Le premier lien contient son nom. Je connais suffisamment de journalistes actuels (rien à avoir avec les enfants actuels, hein) pour savoir que Google est loin de leur être étranger.

    Amis journalistes, appliquez-vous.

    - n.

  • J’ai regardé "les Infiltrés"...

    12 janvier 2009 22:32, par Victor

    Répondre à ce message

    Bonsoir

    Vous écrivez qu’il existe "une belle différence" entre un reportage en caméra cachée et un reportage signé par un pseudo. Vous ne précisez pas laquelle ? Ou alors, je n’ai pas saisi...

    Ensuite vous critiquez la méthode de l’infiltration", laquelle, soit-dit en passant, peut être destinée en médecine à soulager un patient d’une douleur. Alors, est-ce que cette émission ne soulagerait pas finalement, nos mauvaises consciences ?

    Enfin, il ne faut effectivement pas attendre des analyses de fond de ce genre d’émission où l’image prime sur tout le reste. Mas une image qui cache ! Cherchez le paradoxe...

    Victor, pas encore infiltré chez "haut-courant"...

  • J’ai regardé "les Infiltrés"...

    12 janvier 2009 20:23, par Raëlien Pascal

    Répondre à ce message

    Bonjour Je tiens à vous féliciter pour cet article, en effet il est bon voir un journaliste en herbe se poser des questions sur les agissement de ses pères. De faire remarquer les manquement à la déontologie de votre milieu professionnel, c’est rare que lorsque l’on parle de sectes, on respecte la déontologie. En même temps, je ne m’étonne plus de ces choses là, car l’argent fait qu’il faut vendre, être racoleur et faire de l’audimat ou du lecteur.... En tout cas, je ne peux que vous encourager dans votre démarche et j’espère que vous ne tomberez pas dans les même pièges que vos futurs confrères pour manger. J’espère, en tant que raëlien que vous continuerez dans cette démarche de respect de la déontologie, du respect des droits de l’Homme, car comme vous le savez sans doute, la France pays des droits de l’Homme est le pays ou les article 18 et 19 sont les moins bien respectés de toute l’Europe.... Je vous laisse faire votre travail pour la suite, mais un article sur le sujet serait intéressant après celui-ci... Cordialement Pascal

    • J’ai regardé "les Infiltrés"... 13 janvier 2009 16:09

      Répondre à ce message

      oui, mais les raeliens sont loin dêtre des anges non plus, donc c’est bien de dénnoncer les agissements des sectes parfois, non ?

      • J’ai regardé "les Infiltrés"... 13 janvier 2009 18:50, par Elsa Ray

        Répondre à ce message

        Bonjour,

        Vous avez raison, c’est "bien" de dénoncer les agissements des personnes qui nous semblent néfastes pour autrui.C’est d’ailleurs le devoir de tout citoyen. (N’oublions pas cependant que la notion de "bien" est subjective et dépend du point de vue de chacun) En revanche, sachez que le travail, la mission d’un journaliste n’est pas de dénoncer, du moins pas directement. Son devoir est d’apporter des faits, des vérités afin d’éclairer le citoyen. Si cela peut dénoncer des injustices, tant mieux. Mais la déontologie nous interdit de nous comporter comme des justiciers.

        Si l’émission "les Infiltrés" dénonce effectivement des faits de société, il me semble qu’elle ne permet pas pour autant de créer un vrai débat public, étant donné le manque d’analyse de fond. On nous propose une émission basée sur la révélation par l’image et pourtant, on ne nous offre que des images volées, cachées, qui n’apportent pas grand chose au télespectateur. C’est contraire à la mission même du journaliste.

        • J’ai regardé "les Infiltrés"... 13 janvier 2009 21:47, par Elisa

          Répondre à ce message

          L’émission "les Infiltrés" sur France 2 a beau être critiquée (non par toute la profession, au contraire...J’ai eu des échos positifs), elle est nécessaire. Comme tu le dis à juste titre dans ton article, ce procédé existe depuis longtemps, dissimuler son identité pour exercer son métier et aller au bout de l’infromation fut l’apanage de nombreux journalistes du XXème siècle. Je suis d’accord pour dire que les images sont beaucoup plus complexes à hiérarchiser qu’un contenu écrit, et que l’on est pas à l’abri de mises en scènes (mais toutefois, nous ne sommes pas à l’abri d’une manipulation en presse écrite non plus, tout est question de confiance en nos journalistes). Toujours est-il qu’il existe dans notre monde des zones de non-droit où le journaliste ne peut pas enquêter. Dans ces cas -qui restent extrêmes heureusement- comment alors exercer son métier en toute honnêteté, lorsque l’on a conscience que certaines informations nous sont dissimulées ? C’est dans ces cas précis que l’infiltration devient un moyen nécessaire pour faire son travail. Bien sûr cette méthode doit être appliquée uniquement dans les situations délicates et ne doit en aucun cas devenir une habitude. Je trouve toutefois, que l’émission des Infiltrés est toutefois allée trop loin, en travaillant sur certains thèmes qui ne nécessitaient en aucun cas une dissimulation d’identité. C’est le cas par exemple de l’infiltration chez le magazine Closer, qui n’était pas à mon sens une zone de non-droit. De plus, il est clair que les débats suivant les reportages sont souvent creux, sans idées et sans aboutissement. Toutefois, ce concept osé des "infiltrés" doit avoir le mérite d’être souligné pour sa franchise : les journalistes exerçant en caméra cachée sont très nombreux (Zone interdite, envoyé spécial), parcontre ils sont beaucoup moins à le revendiquer publiquement. Pourtant, l’infiltration a toujours existé et doit subsister, pour le besoin d’une information véritable, droit de tous et de chacun.

CQFD //

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