Pologne
dimanche 11/04/2010
Se rendant à Katyn pour une cérémonie commémorative, le président polonais, Lech Kaczynski, son épouse, de nombreux ministres et généraux, ont trouvé la mort dans un accident d’avion ce samedi 10 avril. L’ensemble de la communauté internationale a alors exprimé ses condoléances à la Pologne. Aujourd’hui, les Polonais se pressaient dans les églises pour rendre un dernier hommage à toutes les victimes du crash. A la mi-journée, la Pologne a observé deux minutes de silence. A présent, les experts russes et polonais étudient ensemble les boîtes noires de l’avion.
96 victimes. L’accident de l’avion présidentiel polonais a fait 96 victimes. Parmi elles, de très nombreuses personnalités polonaises. Le Parisien en cite quelques unes : Lech Kaczynski, le chef de l’État, et son épouse Maria, Jerzy Szmajdzinski, le vice-président de la Diète et candidat de la gauche à la présidence, Slawomir Skrzypek, le gouverneur de la Banque centrale, le général Franciszek Gagor, le chef d’état-major polonais ainsi que ses adjoints des trois armées (terre, air et mer), Mgr Tadeusz Ploski, le patron des Forces spéciales et l’évêque aux armées, le président du comité olympique polonais et des membres du gouvernement comme les vice-ministres de la Défense, des Affaires étrangères et de la Culture, Andrzej Sarjusz-Skapski, le président de l’Association des familles de victimes de Katyn,...
La délégation se rendait en Russie pour célébrer le 70e anniversaire du massacre de Katyn où quelques milliers officiers polonais furent tués sur ordre de Staline, qui en rejeta la responsabilité sur les nazis. Il faudra attendre 1990 pour que Mikhaïl Gorbatchev reconnaisse la responsabilité russe de ce massacre. Mercredi 7 avril, Vladimir Poutine, premier ministre russe, s’était rendu pour la première fois à Katyn aux côtés de son homologue polonais Donald Tusk, pour rendre un hommage commun aux officiers exécutés, mais aussi à l’ensemble des victimes soviétiques du stalinisme, dont la forêt de Katyn, près de Smolensk.
Katyn est aujourd’hui un double lieu maudit pour les Polonais. La Voix du Nord titre d’ailleurs : « Pologne : la double malédiction de Katyn ». Un envoyé spécial du Figaro à Varsovie raconte combien les Polonais sont frappés du parallèle entre la disparition de Lech Kaczynski et le lieu de sa mort : « au-delà du chagrin et de la tristesse du peuple polonais, ce qui frappe le plus dans les réactions que j’ai recueillies dès samedi soir parmi la foule qui se rassemblait aux alentours du palais présidentiel, c’est l’analogie qui est faite entre la mort brutale du président et le lieu de sa mort (...). Pour tous les Polonais, il s’agit là d’un symbole ». En effet, pour les Polonais, « Lech Kaczynski était l’un des meilleurs défenseurs de la mémoire de Katyn et avec son décès, c’est une figure intransigeante de ce combat pour la vérité du massacre qui disparait ». Dans l’imaginaire polonais, Lech Kaczynski, en s’écrasant dans la forêt de Smolensk, « se serait une nouvelle fois sacrifié pour son peuple ». Pour le directeur du quotidien Gazeta, « le mot “Katyn” désignera une fois encore le malheur de ce pays ».
L’État polonais est aujourd’hui décimé. La question qui se pose : est-il recommandé de faire voyager la majorité des membres de l’État d’une même nation dans un seul avion ? Pourquoi avoir fait monter à bord d’un même avion plusieurs membres du gouvernement polonais et non pas dans des vols différents ?
Le Figaro informe que la Pologne n’a jamais fixé de règles de précaution pour les déplacements groupés de ses dirigeants, contrairement à la plupart des grands pays occidentaux qui interdisent notamment au président de voyager avec son Premier ministre. En France, une règle non écrite interdit au président de voyager dans le même avion que son premier ministre, ni en compagnie du président du Sénat qui assure son intérim. « Non, nous ne disposons pas de ce genre de règles », a déclaré Dariusz Aleksandrowicz, porte-parole du Bureau de protection du gouvernement polonais.
La Pologne doit alors organiser une élection présidentielle anticipée pour cet été. En attendant, le président du Parlement polonais, Bronislaw Komorowski, assurera par intérim les fonctions présidentielles. Il dispose d’un délai de 14 jours pour fixer la date de l’élection anticipée. Bronislaw Komorowski, candidat officiel du parti libéral Plate-forme civique pour l’élection présidentielle prévue cet automne, devait affronter Lech Kaczynski, candidat de la droite conservatrice. L’accident aura assurément des conséquences sur les prochaines élections. Bronislaw Komorowski vient de décréter une semaine de deuil national.
A la mi-journée, la Pologne a observé deux minutes de silence à la mémoire des victimes. Voiture, piétons, télévision, citoyens... Tout le pays s’est figé.
La dépouille de Lech Kaczynski a été rapatriée à Varsovie en début d’après-midi, à bord d’un appareil de l’armée de l’air polonaise. Le corps de Maria Kaczynska, son épouse, n’a pas été identifié et n’a pu être rapatrié. Jaroslaw Kaczynski, le frère jumeau du président défunt, sa fille Marta, le Premier ministre Donald Tusk ainsi que de nombreux hauts dignitaires étaient présents lors de la cérémonie officielle à l’aéroport de Varsovie. Jaroslaw Kaczynski s’est agenouillé, s’inclinant contre le cercueil de son frère recouvert d’un drapeau polonais, avant de se redresser et faire un signe de croix.
Ensuite, un cortège s’est dirigé vers le palais présidentiel, dans le centre historique de Varsovie. Des milliers de Polonais étaient rassemblés devant le palais et devant l’église de l’Armée, devant une nuée de bougies et de fleurs, pour lui rendre hommage.
L’émotion est également en France, où il y a une grande communauté polonaise. Une messe était notamment donnée samedi soir à la Paroisse polonaise de Paris.
Alors que la Pologne pleure ses morts, les condoléances arrivent de part le monde. Les dirigeants du monde entier ont fait part de leur tristesse après la catastrophe aérienne. Tous ont salué la mémoire du président Lech Kaczynski, « grand grand patriote et chef d’État ».
« Jésus, Sainte Marie, c’est une tragédie inimaginable, un malheur inimaginable », s’est écrié l’ex-président polonais Lech Walesa en apprenant la nouvelle. Barack Obama a parlé d’un accident « épouvantable pour la Pologne, les États-Unis et le monde ». Le président Kaczynski « a joué un rôle-clé dans le mouvement Solidarité et était très admiré aux États-Unis en tant que dirigeant dévoué à la liberté et la dignité de l’homme » a-t-il rajouté.
Benoît XVI a fait part de sa « profonde douleur » : « j’implore auprès de Dieu tout-puissant une bénédiction spéciale pour le peuple polonais ». Nicolas Sarkozy a exprimé sa « très grande émotion », soulignant que Lech Kaczynski s’était toujours battu « pour la démocratie, la liberté et la lutte contre le totalitarisme ». Au sein de l’Union européenne, la Commission a mis ses drapeaux en berne à Bruxelles. José Manuel Barroso, président, a évoqué un « patriote polonais qui dans le même temps était très engagé pour l’Union européenne ». Les hommages affluent.
Certains pays ont même annoncé des journées de deuil officiel en mémoire des victimes du crash. Par exemple, le président et le gouvernement de la République tchèque ont décidé de décréter un deuil national le jour des funérailles et d’observer une minute de silence. L’Union européenne a aussi prévu une journée de recueillement à Bruxelles lundi. En Amérique latine, le Brésil a décrété 3 jours de deuil officiel.
Vladimir Poutine, le premier ministre russe, a demandé que les causes de l’accident soient éclaircies au plus vite. Des experts russes et polonais ont donc commencé, ce dimanche matin, à étudier ensemble les deux boîtes noires de l’avion - l’enregistreur de son et celui des données - retrouvées sur les lieux de la catastrophe. Le Parisien relate que l’analyse des conversations entre les pilotes et les aiguilleurs russes permet d’exclure la thèse d’un accident dû à un problème technique.
Les Russes mettent en cause les pilotes polonais. En effet, les autorités russes avaient, selon l’agence Interfax, proposé à l’équipage polonais d’atterrir à Minsk ou à Moscou en raison du brouillard. Mais, le pilote a décliné l’offre et tenté plusieurs fois d’atterrir près de Smolensk. En s’approchant de la piste, « l’avion a accroché des arbres, est tombé et s’est désintégré », a expliqué le gouverneur de la région de Smolensk, Sergueï Antoufiev.
L’ancien président Lech Walesa a estimé qu’il était trop tôt pour tirer des conclusions. « Je n’imagine pas que le pilote ait décidé seul, ce n’est pas possible », a-t-il déclaré à la presse. « J’ai beaucoup pris l’avion et à chaque fois qu’il y avait un doute, (les pilotes) venaient toujours voir les dirigeants pour leur demander leur avis. Sur la foi de celui-ci, les pilotes prenaient leur décision. Parfois, elle allait à l’encontre des instructions des dirigeants ».