Exposition

La faïence montpelliéraine à l’honneur

samedi 04/06/2011

La faïence traditionnelle de Montpellier s’expose jusqu’au 12 juin prochain au sein du musée Albert Ciurana de la faculté de pharmacie. L’occasion pour François Siffre, dernier artisan à faire perdurer cette tradition, de présenter des pots d’apothicaires en collaboration avec le musée Fabre.

Opium, pavot, églantier... autant de remèdes dont les noms latins ornent les pots d’apothicaires exposés pour la première fois aux yeux du public. Ces reproductions ont été réalisées par l’atelier Artus-Siffre suite à un récent accord avec le musée Fabre.

Ce mardi 31 mai, l’amphi A de la faculté de pharmacie de Montpellier faisait salle comble pour une conférence "Naissance et développement de la faïence à Montpellier du Moyen Âge à l’époque moderne".
Pendant une heure, Jean-Louis Vaysettes, de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, a fait état des connaissances archéologiques de la ville en matière de faïence traditionnelle.

Une tradition ancienne

Les textes démontrent que la production de céramique était déjà présente au XIVe siècle avec une influence arabo-andalouse. Puis la majolique, faïence italienne, fut à la mode faisant la renommée de l’atelier de Pierre Estève au XVIe siècle.

Plus tard, au XVIIe, l’atelier Boissier s’inspira de motifs chinois pour orner des objets adaptés à la vie quotidienne. C’est avec l’atelier Ollivier, devenu manufacture royale en 1725, que les vases pharmaceutiques vont envahir les hôpitaux et les rayons des apothicaires.
D’après les restes de faïences retrouvés lors de fouille archéologiques, notamment à l’emplacement actuel des escaliers du Corum, les ateliers étaient principalement situés faubourg du Courreau, porte de la Blanquerie, ou encore faubourg du Pila Saint Gely.

La suite de l’histoire de la faïence montpelliéraine se vit aux côtés de la famille Siffre, rencontrée il y a quelques mois dans son atelier de Sainte-Croix de Quintillargues, village à une demi-heure de Montpellier.

La faïence pour héritage

« Surtout, dites-leur que la faïence de Montpellier n’est pas jaune, elle est blanche normalement ! » Cri du cœur d’Henri Siffre, en début d’année, dans le salon de son fils François. Celui-ci, dernier faïencier à perpétuer le style “Vieux Montpellier” dans son discret atelier du rez-de-chaussée, expose malgré tout un peu de faïence sur fond jaune.
« Cette idée reçue date de la période d’après-guerre. La ville ayant fermé sa fabrique, c’est près de Toulouse qu’on a exploité la faïence de manière industrielle. On a décrété qu’elle serait jaune pour Montpellier, alors que cette couleur n’était pas traditionnellement la plus répandue. Depuis, les gens pensent que la faïence de la ville doit forcément être jaune », explique Henri Siffre, artisan retraité depuis 2008 et « mémoire de la famille ».

Il relate, avec son accent ensoleillé, l’histoire de cet artisanat qui a été menacé d’extinction à plusieurs reprises après des heures de gloire. L’essor de la faïence commence avec la fabrication de “monstres”, ces pots d’apothicaires qui faisaient la fierté et la réputation de leurs propriétaires.

Plus tard, Louis XIV contribue malgré lui, à la promotion de la faïence montpelliéraine « en exigeant la fonte des métaux précieux, créant ainsi une demande chez les nobles d’une vaisselle de qualité, que les faïenciers leur fabriquèrent à partir de moulages, remplaçant les métaux précieux par des décors polychromes. Fleurs, oiseaux, ou figures antiques vont ensuite constituer le style Vieux Montpellier. »

Au XIXe siècle c’est le déclin de la faïence face à l’arrivée de la porcelaine. En 1901, la faïencerie montpelliéraine de Fontcarrade voit le jour. Elle redonne vie au style Vieux Montpellier avant d’être transformée par Pétain en école de formation pendant la Seconde Guerre.

C’est à ce moment-là que commence la saga familiale, que François Siffre, troisième génération de faïencier, connaît pratiquement par cœur. Son grand père, Paul Artus, artiste-peintre qui suscite encore l’admiration de son petit-fils, « est pris de passion pour un métier qu’il découvre par hasard à 33 ans et pour lequel il abandonne son travail de peintre en lettres, au grand dam de sa famille qui le voit s’engager dans une voie incertaine. » Après quelques années de formation et de monitorat à l’école de Fontcarrade, il crée son propre atelier en centre-ville et finit par racheter les modèles et les moules de l’école quand celle-ci ferme au début des années 1950.

Un savoir-faire en quête de reconnaissance

Pour François Siffre, il s’agit là « d’un trésor » que leur a légué son grand-père « mais qui est mal exploité faute de culture de la faïence à Montpellier, contrairement à des villes comme Nevers, Moustier ou Limoges. Les pouvoirs publics ne font pas assez la promotion du savoir-faire artisanal traditionnel. »

Un point de vue partagé par son père et Virginie, sa femme, qui constatent que « comme aux États-Unis, on essaye de se créer une histoire en remettant au goût du jour les grisettes, ou en inventant des plats comme la clapassade ou le pavé St Roch. La ville possède pourtant un patrimoine en matière de lutherie, parfumerie, verrerie, faïencerie et argenterie, mais il n’a presque jamais été mis en valeur et est donc tombé dans l’oubli. »
Pour Henri Siffre, le développement de Montpellier et l’accroissement d’une population non-originaire de la région a aussi contribué au déclin de la faïence traditionnelle. « À l’époque où Montpellier était un village de moins de 100 000 habitants, l’atelier Artus, père et fils, était connu et il y avait une forte clientèle. »

Cette période, il l’a connue quand, lycéen, il a fréquenté la fille de Paul Artus et a eu, par la même occasion, un coup de cœur pour le métier de faïencier. Lorsque le patriarche a pris sa retraite en 1978, Henri Siffre a continué à animer l’atelier avec son beau-frère, Pierre, et a accueilli deux ans plus tard son fils François, jeune apprenti de 14 ans « qui était tombé dans la marmite étant petit ».
Ce dernier est donc formé par les représentants de la deuxième génération de faïenciers, avant de faire sa propre expérience à Mont-Louis dans les Pyrénées, suivi par sa future femme, Virginie, maquilleuse de théâtre, née dans l’immeuble construit sur les vestiges de la fabrique de Fontcarrade. Un coup de pouce du destin pour celle qui se lancera plus tard dans la décoration sur faïence au côté des Siffre, père et fils.

En 1993, ils s’installent à leur compte « un peu par hasard » à Sainte-Croix-de-Quintillargues, et depuis, tentent de faire (re)connaître leur art. Lorsque l’on demande à François Siffre combien de temps nécessite la fabrication de l’un de ses modèles, il vous répond, taquin : « la vraie réponse c’est toute une vie ». Quand son père tente une réponse concrète, il le coupe pour s’assurer que derrière son rire, l’auditoire comprenne bien : « c’est la vraie réponse, il faut un savoir-faire et ça ne s’improvise pas au bout de trois ans ». Henri Siffre explique de manière pragmatique qu’au terme d’une série d’étapes, allant du façonnage au séchage en passant par les deux cuissons et la décoration, il faut compter quatre semaines de travail en moyenne.

La première pièce de l’atelier familial concentre en elle-même ces différents stades de fabrication, les étagères remplies des pièces de faïence faisant face au four et aux machines qui servent à préparer la terre. Plus loin, dans son « antre » couverte de poussière d’argile, François Siffre modèle les futures pièces de sa collection, entre un tour de potier en bois sur lequel il s’est formé et qu’il active au pied « pour le folklore », et un tour électrique plus moderne. Au fond de la pièce se trouve une partie du trésor familial, la fameuse collection de moules de l’époque XVIIIe, rachetés par Paul Artus à la fermeture de la fabrique de Fontcarrade. Un héritage que François Siffre estime « unique en France de par sa qualité et son ampleur ».

Le vœu de la famille Siffre de faire connaître la faïence de Montpellier va peut-être enfin se réaliser. Outre l’exposition qui se tient jusqu’au 12 juin au sein du musée de la faculté de pharmacie, un accord signé en début d’année va leur permettre d’être référencé sur le site des musées nationaux. Le manque de visibilité dont la famille souffrait, faute d’avoir une boutique louée à grands frais en centre-ville, va donc peut-être pouvoir être compensé par de futures commandes qui laisse espérer à Virginie Siffre « de pouvoir enfin vivre de ce métier ».

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